“L’Emission politique” : Mélenchon a surtout été victime de sa mauvaise prestation

Pauvre Jean-Luc Mélenchon, pauvre chaton… Le voilà une fois de plus en butte à "la hargne" de la caste médiatique, pris au piège d’un ignoble "guet-apens", malmené par des journalistes qui ne comprennent pas la moitié des sujets dont ils discutent et qui ont, surtout, l’outrecuidance de lui poser de mauvaises questions !

On connaissait depuis longtemps l’irascibilité et la susceptibilité du leader de La France insoumise, la part de jeu qu’il lui arrive de mettre dans ses colères ou ses indignations. Cette fois-ci, le député des Bouches-du-Rhône voit aussi rouge que grand.

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Dans une longue, très longue note de son blog consacrée à son récent passage à "l’Emission politique", il vitupère et se victimise pour tenter de justifier ce qui fut, en fin de compte, une mauvaise prestation de sa part sur le fond.

Mélenchon contre Léa Salamé : le retour du refoulé

On passera rapidement sur le tombereau d’insultes, parfois misogynes (Léa Salamé est ainsi renvoyée à son "hystérie", forcément…), parfois complotistes (François Lenglet récitant "une partition écrite par d’autres", forcément…), parfois tout simplement dégradantes : Nathalie Saint-Cricq est ainsi repeinte en symbole de "l’égout de la politicaille psycho-minaudante"… Après tout, la reductio ad detritum de l’autre est un grand classique de la rhétorique trotskiste. Le grand Léon lui-même ne condamna-t-il pas ses adversaires socialistes-révolutionnaires et mencheviks à finir "dans les poubelles de l’histoire" ?

"D'où tu parles ?"

Non, ce qui frappe surtout dans la diatribe mélenchoniste, méthodiquement rabâchée par ses choristes sur les réseaux sociaux, ce sont les solutions qu’il préconise pour pouvoir dérouler sa propagande sans risque de contradiction. Un tribunal médiatique d’abord, chargé notamment, si on le lit bien, de mettre un terme aux tweets de Jean-Michel Aphatie comme aux questions gênantes de Patrick Cohen. Dans un pays aussi attaché que le nôtre à la liberté d’expression comme à la presse d’opinion, une telle initiative fait bondir et donne froid dans le dos.

Mélenchon règle ses comptes et réclame un "tribunal" des médias

D’autant qu’elle se double d’une seconde revendication issue des rangs "insoumis" : exiger des intervenants ou des invités d’émission qu’ils affichent leurs votes ou leurs opinions. On reconnaît là encore une vieille ficelle gauchiste : assigner à résidence son interlocuteur pour mieux disqualifier son propos et éviter ainsi de lui répondre sur le fond. C’est le fameux "d’où tu parles ?" qui fit les grandes heures des AG de Mai-68. "Une question policière, sous l’apparence d’une question théorique et politique", disait jadis Michel Foucault.

Dans le monde binaire et sectaire de Jean-Luc Mélenchon, il y aurait donc ceux qui ont le droit de parler, quand les autres, tous les autres, sont renvoyés à leurs votes, à leur condition. Et même à leur identité ? Au détour d’une autre phrase rageuse, le député évoque ainsi de façon aussi insidieuse que sibylline les supposés "liens familiaux et communautaires politiques" de Léa Salamé… A ce stade de sous-entendus, on n’est plus dans le coup de colère. Mais dans une repoussante inquisition.

Matthieu Croissandeau

Matthieu Croissandeau

Matthieu Croissandeau

Journaliste

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